Apple piégée par ses propres règles : les apps frauduleuses explosent dans l’App Store
L’App Store : un bouclier ou un cheval de Troie ?
Apple a toujours farouchement défendu sa mainmise sur la distribution des applications sur iPhone via son App Store, en avançant un argument qu’elle répète dès qu’elle le peut : seule sa boutique virtuelle protègerait les utilisateurs contre les escroqueries qui prolifèreraient ailleurs.
Une position louable, mais qui, en Europe tout du moins, commence à montrer ses faiblesses. Malgré le contrôle draconien qu’exerce l’entreprise sur les applications mises à la disposition sur son store, des applications frauduleuses parviennent à s’y glisser et prolifèrent.
L’App Store : une passoire ?
Apple a toujours présenté son App Store comme une espèce de forteresse très sécurisée, ce qui, sur le papier, est parfaitement vrai. Le processus de validation d’une application (App Review) est plus long et complexe pour les développeurs si on le compare avec le Google Play Store, ce qui permet, en théorie, d’éviter toute application douteuse d’être téléchargée.
La firme a d’ailleurs rappelé que cette étroite surveillance a permis d’éviter « plus de 9 milliards de dollars de transactions frauduleuses au cours des cinq dernières années, dont 2 milliards rien qu’en 2024 ».
Pourtant, il y a de grosses fuites dans la muraille bien gardée de Cupertino, malgré ce discours qui se veut rassurant. Une enquête de 2021 révélait déjà que près de 2 % des applications les plus rentables de la plateforme étaient des arnaques déguisées. Plus récemment, une application de rencontre approuvée par Apple (The Tea app) a exposé les conversations privées de dizaines de milliers de femmes.
Face à ces critiques, Apple a opposé cet argument : les cyberrisques évoluent. Dans une déclaration transmise à 9to5Mac, la société a expliqué que « les menaces numériques ont gagné en ampleur et en complexité au fil des années », et assure mobiliser « des équipes entières et des outils sophistiqués pour traquer les fraudeurs au quotidien ».
Elle n’a pas manqué d’envoyer un petit tacle à la Commission Européenne, qu’elle accuse de miner ses efforts en forçant l’ouverture des stores alternatifs, ce qui, selon elle, « mettrait les utilisateurs face à un risque accru d’escroqueries ». On peine un peu à comprendre cet argument ; pourquoi accuser l’UE alors que des arnaques sévissent déjà dans son propre store ? Mettons cela sur le compte de la communication : mieux vaut accuser le voisin de mal entretenir son jardin alors que celui d’Apple est envahi de mauvaises herbes, non ?
La Commission Européenne s’intéresse donc de près à cette histoire d’app frauduleuses, puisque l’App Store n’apparaît plus aussi robuste qu’avant. Dans le cadre du Digital Services Act (DSA), la Commission européenne enquête pour savoir si Apple prend vraiment les mesures nécessaires pour tenir les escrocs à distance. La législation européenne prévoyant des amendes allant jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial en cas de manquement, la firme de Cupertino aurait tout intérêt à mettre les bouchées doubles pour étouffer les premières flammes avant qu’elles ne deviennent un brasier.
- Apple justifie son monopole sur l’iPhone par la promesse d’un environnement sûr, mais des applications frauduleuses continuent de passer entre les mailles.
- Bruxelles veut vérifier si la firme agit réellement pour protéger ses utilisateurs, dans le cadre du Digital Services Act.
- Des sanctions financières très lourdes sont prévues si Apple échoue à démontrer sa vigilance.
