Steve Jobs avait raison : voici comment l’iMac a changé l’informatique pour toujours
Avant l’iMac, il n’y avait que ténèbres, PC beiges et câbles emmêlés ; mais il a tout changé.
Quand Steve Jobs monta sur scène le 6 mai 1998 pour présenter l’iMac (voir vidéo ci-dessous), Apple était une miraculée. Au bord de la faillite, ses pertes financières étaient colossales et ses produits ne se vendaient plus. La firme jouait sa dernière carte, et c’est alors que Jobs, revenu aux commandes en 1996, prononça ces mots qui allaient changer l’histoire : « Aujourd’hui, je suis incroyablement heureux de vous présenter l’iMac, notre produit grand public », déclara-t-il.
Un ordinateur tout-en-un, conçu non pas pour les ingénieurs qui aiment mettre les mains dans le cambouis, mais pour celles et ceux qui voulaient simplement utiliser un ordinateur et aller sur Internet « rapidement et simplement ». On voyait là tout le génie de Jobs : comprendre que l’avenir de l’informatique se jouait principalement par l’usage des machines ; non par leurs fiches techniques.
Une idée révolutionnaire dans un secteur alors dominé par des PC « lents », avec des « écrans pourris » et une ergonomie digne d’un cockpit d’avion soviétique. Comme Jobs l’affirmait lui-même : « Ces trucs sont laids ». Il fallait oser remettre à plat tout ce que les ordinateurs étaient devenus dans les années 1990, ce qu’Apple a réussi à accomplir avec brio.
Quand l’informatique devint humaine
Lorsque Bill Gates, un brin condescendant, déclarait à propos de l’iMac que « la seule chose qu’Apple propose, ce sont des couleurs », il ne comprenait pas qu’Apple était en train de redéfinir la notion même d’ordinateur personnel. Un simple effet de style, la coque translucide et colorée du premier iMac ? Que nenni ! Elle exprimait déjà une vision industrielle, inédite à l’aube de l’an 2000 : celle d’un objet rassurant, accessible et surtout désirable.

Une bouille inoubliable. © Carl Berkeley / Flickr
« Ce produit à 1 299 dollars [NDLR : environ 2 550 dollars actuels en tenant compte de l’inflation] est plus rapide que le Pentium II le plus rapide disponible », affirmait Jobs à CNN. Mais au fond, ce n’est pas tant son tarif qui a fait le succès de l’iMac G3. C’est qu’en l’utilisant, on oubliait tout ce qui tournait derrière et ne restait alors qu’une expérience utilisateur absolument hors du commun pour l’époque. Il était simple et abordable : là était son vrai argument, sa proposition principale.
Le tout-en-un, déjà présent sur le SE/30 ou le Macintosh 128k, prenait ici son sens avec encore davantage de force : plus de câbles qui traînent de partout ou de tour de 20 kg trônant au pied des usagers. Une machine efficace, compacte et flatteuse à l’œil. Le dos de l’iMac est « plus joli que la face avant des autres », plaisantait Jobs, confiant en l’esthétique de sa machine, sculpté par le célèbre Jony Ive.
Avec les années, Apple a su métamorphoser son iMac sans jamais trahir son ADN originel. Du G3 translucide de 1998 à l’iMac G4 en 2002, du modèle en aluminium de 2007 à la version M1 ultra-mince de 2021, chaque itération fut une réussite. Malgré toutes ces évolutions, on savait, au premier coup d’œil, que l’on avait affaire à un iMac. Quel fabricant d’ordinateur peut se targuer d’avoir réussi sur ce point ? C’est bien simple : aucun.
Une philosophie d’usage bien plus qu’un ordinateur
Le plus grand mérite de l’iMac n’a jamais vraiment été sa fiche technique ; il n’était pas le plus puissant ou le plus modulaire de son époque. Sa force, c’est d’avoir été pensé par Apple comme une machine dont on ferait un usage domestique et ancré dans le quotidien. Un ordinateur qu’il était possible de poser dans son salon sans que la pièce de vie ne ressemble subitement à la grotte d’un geek.
Steve Jobs, dans une interview accordée à CNN en 1998, résumait cette intuition avec une formule déroutante à l’époque : « Nous avons travaillé dur sur la mode [NDLR : au sens de design grand public et d’esthétique dans la consommation], qui est très importante sur le marché grand public ». Une phrase qui en a certainement fait ricaner certains dans l’industrie ; mais penser l’informatique personnelle comme un objet de culture était justement ce qui a rendu l’iMac si populaire.
Aujourd’hui, lorsque l’on souhaite acquérir un nouvel objet technologique (ordinateur, tablette, PC, etc.), l’esthétique fait aussi partie des critères importants que l’on prend en considération. Jobs avait donc vu juste, avec 27 ans d’avance.
Ce souci du détail, cette manière de faire oublier la machine derrière une interface limpide, a traversé les générations d’iMac comme un fil d’Ariane. Même les publicités de l’époque, incarnées par un Jeff Goldblum pince-sans-rire (voir ci-dessous), prenaient le contrepied des spots clinquants de la concurrence.
Là où l’industrie jurait par le « form follows function » (« la forme suit la fonction »), Apple a pris à revers ce mantra : la fonction, la vraie, c’était de faire oublier l’objet. La réelle réussite, c’était de vendre une machine efficace et presque transparente (au sens figuré), dont l’utilisateur allait oublier toute la complexité technique.
Le premier iMac, en plus d’être un formidable produit, était une réponse à une industrie empêtrée dans ses facilités. Une réponse à la laideur des tours beiges, au « trop compliqué » du PC familial et à la croyance quasiment sectaire qu’un ordinateur devait nécessairement ressembler à une boîte utilitaire. Jobs a également imposé avec l’iMac une nouvelle culture : celle de l’informatique comme une expérience grand public et agréable ; une posture philosophique qui irrigue encore de nos jours tout l’écosystème Apple. Rarement une machine née dans l’urgence aura permis à une entreprise de se relever d’une période aussi sombre, et par ailleurs de révolutionner tout un secteur avec elle.
- En 1998, Apple jouait sa survie avec l’iMac, un ordinateur pensé pour le grand public plutôt que pour les experts.
- Son design audacieux, simple et séduisant incarnait une nouvelle vision de l’informatique à usage domestique.
- 27 ans plus tard, l’iMac reste le symbole d’une approche où la technologie s’efface derrière l’expérience utilisateur.

Haznut
19 août 2025 à 16 h 57 min
Trois périphériques pour interagir sous le ciel,
Sept cartes pour les ports dans leurs tours de P(ierre)C,
Neuf câbles pour les Mortels destinés au trépas,
Une seule unité pour le Seigneur Jobs sur son sombre trône,
Dans le Pays de Mordor où s’étendent les Ombres.
Un Mac pour les gouverner tous. Un Mac pour les trouver,
Un ordi pour les amener tous et dans les ténèbres les lier
Au Pays de Mordor où s’étendent les Ombres.
Article intéressant. Mais on ne va quand même pas relancer le culte de Steve Jobs, non ?
Haznut
19 août 2025 à 17 h 02 min
Je me souviens de la publicité qui comparait ce profil avec des nez d’avions.
Apple y présentait sa nouvelle « flotte » d’appareils de toutes les couleurs.