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iOS, une fausse ouverture ? Les conditions absurdes imposées par Apple

Comment asphyxier la concurrence et les envoyer dans le mur, tout en restant dans les clous ? Suivez la méthode Apple !

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© Unsplash / Waldemar

Apple jure qu’elle respecte le règlement sur les marchés numériques (DMA), qu’elle a enfin ouvert iOS à la concurrence et qu’elle permet aux navigateurs tiers d’utiliser leur propre moteur de rendu. Mais dans les faits, la firme continue d’enfermer les développeurs dans un labyrinthe procédural si absurde qu’il en devient dissuasif, nous avions déjà abordé le sujet dans cet article.

L’Open Web Advocacy (OWA) vient justement de dénoncer cette posture obstructionniste, en publiant hier sur YouTube une vidéo extraite d’une réunion de travail organisée par la Commission européenne dans le cadre du suivi du DMA. Étaient présents lors de cet événement, des représentants d’Apple (dont Kyle Andeer, vice-président juridique) et Gary Davis (directeur juridique senior), des membres de la Commission européenne en charge du DMA, ainsi que des représentants d’organisations externes comme l’Open Web Advocacy (OWA) ou encore des développeurs de navigateurs comme Mozilla et Google.

Kyle Andeer y a tenu un jargon très policé qui ne veut dire qu’une chose : Apple fait tout pour que rien ne change tout en accusant Bruxelles de mettre en danger la vie privée des utilisateurs. Combien de contorsions réglementaires faudra-t-il avant que l’UE dise stop ?

Une conformité en trompe-l’œil

Sur le papier, Apple autorise désormais d’autres navigateurs à fonctionner autrement que Safari. En réalité, la firme impose deux restrictions drastiques : il est interdit de tester un navigateur non basé sur WebKit (le moteur maison d’Apple) en dehors de l’Union européenne, et impossible de publier une version dédiée à l’UE sans créer une application distincte.

C’est cette seconde règle qui rend ce nouveau modèle intenable dans la réalité. « Cela suppose que les développeurs créent une deuxième version de leur app, incitent tous leurs utilisateurs européens à migrer dessus, et maintiennent deux bases de code en parallèle », dénonce James Heppell, porte-parole de l’OWA. À juste titre, il parle d’un obstacle « totalement artificiel ».

Une contrainte technique ? Absolument pas. Apple a déjà permis le test d’autres types d’applications conformes au DMA depuis l’extérieur de l’Union, mais elle refuse de faire de même pour les navigateurs. Pourquoi ? Kyle Andeer répond : « Nous ne voulons pas exporter la législation européenne vers d’autres juridictions. Chaque région devrait pouvoir décider par elle-même » On commence à connaître la rengaine : Apple fait mine de coopérer, tout en rendant l’application des règles pratiquement impossible.

Or, comme l’a rappelé Heppell lors de la rencontre, la majorité des développeurs web se trouvent… hors d’Europe. Leurs infrastructures ne sont pas sur le Vieux Continent et leurs équipes non plus. Refuser qu’ils puissent tester leurs moteurs, c’est interdire à 90 % des acteurs du marché d’avoir leur chance de tirer leur épingle du jeu.

Le DMA ? Un jeu de dupes où Apple fixe ses propres règles

Lors de l’atelier bruxellois, Kyle Andeer a déroulé la ligne de défense habituelle : Apple n’empêche pas l’arrivée de navigateurs tiers, c’est simplement que personne ne veut utiliser sa « solution conforme ». Si rien ne bouge, c’est que les concurrents traînent les pieds. Et de marteler que l’entreprise est contrainte de « compromettre une sécurité qui fonctionne depuis 18 ans », comme si ouvrir un tant soit peu iOS équivalait à saboter son intégrité technique.

Une rhétorique bien faible au regar des faits, car Mozilla comme Google dénoncent depuis des mois ce blocage. Impossible de tester leurs moteurs correctement, sauf à être physiquement implantés dans l’Union. Ce cloisonnement géographique, maintenu par des restrictions logicielles, empêche tout acteur non-européen de proposer un navigateur concurrent crédible. Une entrave soigneusement dissimulée derrière les beaux discours sur la souveraineté réglementaire.

C’est donc bien un problème d’intentionnalité, car Apple a largement les moyens de se conformer au DMA sans punir les développeurs. Elle préfère jouer la montre, tout en dégainant son joker favori : la sacro-sainte vie privée. Une carte qu’elle sort dès qu’on ose pointer du doigt que ses pratiques monopolistiques n’ont plus aucun sens dans le marché actuel.

Même lorsque l’entreprise admet du bout des lèvres un problème potentiel, elle s’en tient à des formules paresseuses. « Je m’attends à quelques avancées sur ce sujet », glisse Gary Davis, au sujet du blocage des tests hors UE. Aucun engagement concret, aucun échéancier, ou mesure corrective. Apple fait juste assez pour éviter l’accusation de refus catégorique.

La firme a d’ores et déjà lancé un recours juridique contre le DMA lui-même, accusant l’Europe de « microgérer » son modèle économique. On ne saurait être plus clair : Apple conteste le principe même de régulation.

C’est un choix politique assumé : l’entreprise de Cook refuse le pluralisme numérique, même si celui-ci est ordonné par la loi. À ceux qui y verraient une forme de « résistance », nous pourrions leur opposer qu’il s’agit d’une démonstration quelque peu cynique de puissance, dans laquelle l’entreprise montre qu’elle peut tout à fait « obéir ». Tant que c’est elle qui choisit la manière de faire.

 

 

 

  • Apple prétend ouvrir son OS à des navigateurs concurrents, mais impose des conditions qui rendent cette ouverture presque impossible.
  • Les développeurs hors d’Europe, pourtant majoritaires, ne peuvent pas tester leurs applications dans des conditions réalistes.
  • Derrière un discours sur la sécurité et la vie privée, Apple freine volontairement l’application des règles européennes et conteste leur légitimité.
i-nfo.fr - App officielle iPhon.fr
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Par : Keleops AG
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